Les Bijoux Indiscrets (Denis Diderot)

Chroniqué par Rolling Tongue

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Titre : Les Bijoux Indiscrets
Édition : Macha Publishing
Prix : 5,90 E
Pages : 189
Note : 18/20
Résumé :

Ouvrage méconnu du célèbre encyclopédiste Denis Diderot, ce conte est né d’un pari entre l’auteur et sa maîtresse : parviendra-t-il à écrire un texte érotique et libertin à la mode des auteurs licencieux du XVIIIe siècle ? Cette fantaisie érotico-orientale raconte l’histoire du sultan Mangogul qui reçoit d’un génie un anneau permettant aux « bijoux » des femmes de s’exprimer. Diderot nous livre ici un roman très inspiré par la cour de Versailles du milieu du XVIIIe siècle pour en dresser un portrait acerbe et licencieux, entre texte libertin et réflexion philosophique.

« Vous voyez bien cet anneau, mettez-le à votre doigt, mon fils. Toutes les femmes sur lesquelles vous en tournerez le chaton, raconteront leurs intrigues à voix hautes, claire et intelligible. »

Tout d’abord je voudrais remercier Macha Publishing pour m’avoir permis de découvrir ce roman quelque peu marginal de Diderot. Je vous invite d’ailleurs à jeter un coup d’œil à leur catalogue et aux trois autres livres de la collection Trésors retrouvés de la littérature. Cette dernière réunie divers écrits d’auteurs magistraux, tel que Balzac et Jean de la Fontaine, s’intéressant aux relations intimes entre les hommes et les femmes. C’est donc un moyen original et plutôt sympathique de découvrir ces auteurs classiques. Personnellement j’ai été conquise à la fois par les couvertures, la mise en page et par le projet global de cette jeune maison d’édition.

Le résumé vous fait bien le topo, Mangogul Sultan du Congo s’ennuie. Mirzoza, sa favorite, le pousse alors à trouver un remède au plus vite. Mangogul étant très friand des aventures féminines, demande à son génie de lui fournir un moyen de faire parler ces dames, de leur extorquer tous leurs secrets. Le génie lui fourni un anneau dont il faut pointer le chaton sur une femme pour qu’elle divulgue ces diverses aventures. Le tournant « libertin » de l’affaire arrive à ce moment précis : les femmes sont trahies par leurs bijoux, terme très élégant qui désigne ici le sexe féminin. Ce dernier se met à parler, il liste ces divers visiteurs ainsi que leurs exploits et se permet même de divaguer sur ses propres sentiments de bijou (se sent délaissé, exploité, vieux, ect …). S’engage alors un pari entre Mirzoza et Mangogul, la jeune favorite jure qu’il est possible de trouver une femme vertueuse et franche. Le sultan s’efforce au long des nombreux mais très courts chapitres, de lui prouver le contraire.

J’ai tout simplement adoré cette lecture à la fois légère et réellement très élégante. La lecture est rythmée grâce aux chapitres courts mais aussi par les différents récits et témoignages qu’on y trouve. Les Bijoux Indiscrets permettent aussi de dédéifier Diderot en découvrant ici plus l’homme libertin et bon vivant que le grand philosophe et encyclopédiste, ce qui n’enlève d’ailleurs rien au talent de cet écrivain. En plus de cela, ce roman donne une vision assez globale des préoccupations de Diderot, il y amorce différents thèmes qu’il approfondira dans ses futures œuvres, tel que la vie au couvent (thème sur lequel il base son roman de 1796, la Religieuse) ou les différences culturelles. Ici il les aborde cependant avec légèreté et sournoiserie. J’étais moi-même la première étonnée à être prise de fous rires pendant ma lecture !

Pour celles et ceux qui pourrait être gêné par le côté érotique du livre, je tiens à préciser que nous sommes sur de l’érotique version XVIII ème siècle, ce qui a certainement dû créer un scandale à l’époque m’a personnellement paru très élégant, cocasse et critique. J’en profite pour passer à un thème assez important du livre : la critique sociale qui y est faite. Au début de ma lecture j’ai été assez dérangée de voir cette monarchie patriarcale s’attaquer aux femmes. Le sultan se moque et humilie les femmes de peu de vertu tandis que lui-même s’offre un sérail entier comme terrain de jeu. Mais il faut dépasser ce petit énervement féministe pour se rendre compte que ce n’est pas la femme qui est attaquée ici mais la société de l’époque. Celle là même dans laquelle l’hypocrisie était plus étendue que les pouvoirs du roi. Celle dans laquelle toute personne, homme ou femme, se perdait dans des vices divers et variés sous couvert d’une réputation vertueuse et d’une monarchie de droit divin. Une même société qui enfermera d’ailleurs Diderot pour des soi-disant crimes dont elle est la créatrice. Et que ce soit pour Mangogul comme pour Louis XIV, le vice est le produit de l’ennui.

Pour finir Les Bijoux Indiscrets est d’après moi LE roman avec lequel il faut partir à la rencontre de Diderot. Il donne une vision globale de l’homme, de l’écrivain mais aussi de la société de l’époque.

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2 commentaires sur « Les Bijoux Indiscrets (Denis Diderot) »

  1. Je n’avais en effet jamais entendu parler de ce conte de Diderot. Le résumé doublé de ta critique m’attire ! Je ne pense peut être pas l’acheter dans ce format (même si la couverture est très belle), mais je vais certainement me le prendre en e-book. Merci pour la découverte 🙂
    Victoire

    J'aime

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